Huguette et sa tablette: un atelier à Waterloo, six chaises et beaucoup
Un récit de l'automne: Huguette arrive avec une tablette offerte par ses petits-enfants et la crainte de tout effacer. Voici comment un atelier en petit groupe a changé son rapport à l'écran.
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Une tablette encore dans sa boîte
Huguette a soixante-douze ans. Quand elle a poussé la porte de la salle de Waterloo, elle serrait contre elle un sac en tissu dans lequel se trouvait une tablette que ses petits-enfants lui avaient offerte au printemps. Elle ne l'avait allumée que deux fois. Elle me l'a dit tout de suite, un peu gênée: elle avait peur d'appuyer au mauvais endroit et de tout perdre, y compris les photos que ses enfants lui avaient envoyées.
Je suis responsable des partenariats, mais ce matin-là j'assistais Martine à l'accueil, comme cela m'arrive pour les premières séances. J'ai vu Huguette hésiter devant la chaise qu'on lui proposait. Nous avons simplement posé son sac sur la table, sans rien sortir. Martine lui a dit qu'elle pouvait le laisser fermé aussi longtemps qu'elle le voulait, et que personne ne regarderait ce qu'elle faisait ou ne faisait pas.
Six personnes autour d'une grande table
Nos ateliers réunissent six personnes au maximum, et ce chiffre n'a rien d'anodin. À six, la formatrice peut s'arrêter à côté de chacun, regarder l'écran par-dessus l'épaule et corriger un geste sans le faire devant tout le monde. Huguette a découvert qu'elle n'était pas la seule à confondre un toucher long et un toucher bref. À sa gauche, un monsieur de soixante-huit ans avouait avoir déjà fermé une application en croyant la supprimer.
Cette découverte a fait plus pour elle que n'importe quelle explication. En entendant les autres raconter leurs maladresses, elle a retrouvé le sourire. La salle a pris l'allure d'un salon où l'on s'entraide. Quand quelqu'un réussissait enfin à faire défiler une page, les voisins levaient la tête, et on félicitait la personne comme on le ferait pour un tour de cartes réussi.
- Six participants au plus par séance
- Chacun travaille sur son propre appareil
- La formatrice passe auprès de chaque personne
Le premier geste: toucher, sans rien casser
Martine a commencé par une phrase que je répète souvent aux communes: un écran tactile ne se casse pas avec un doigt. Elle a demandé à chacun de poser la pointe du doigt sur l'écran, puis de la relever, et ainsi de suite pendant quelques minutes. Pas de menu, pas de réglage, juste le contact. Huguette a ri en disant qu'elle n'avait jamais osé le faire aussi longtemps.
Ensuite est venu le glissement, puis le pincement à deux doigts pour agrandir une photo. Martine montrait chaque geste lentement, d'abord sur un grand écran, puis elle venait vérifier à la table. Quand un geste ne marchait pas, elle ne disait jamais que c'était raté. Elle disait: essayons un peu plus doucement. Huguette a agrandi la photo d'une de ses petites-filles et est restée un long moment à la regarder, sans parler.
La peur d'effacer: la leçon du milieu de matinée
Vers dix heures et demie, nous avons abordé ce qui inquiétait tout le monde: la suppression d'une application. Martine a montré, sur l'appareil de chacun, ce qui se passe quand on appuie longtemps sur une icône, ce que l'écran propose, et comment on revient en arrière sans rien changer. Huguette a appuyé, regardé le menu apparaître, puis elle est sortie en touchant une zone vide. Rien n'avait bougé.
Elle m'a confié plus tard que c'était ce moment-là qui lui avait ôté un poids. Elle avait compris qu'il y a presque toujours une question de confirmation avant qu'un élément disparaisse, et qu'on peut renoncer. Savoir qu'on peut renoncer change tout, disait-elle. Dans le groupe, plusieurs avaient dessiné cette petite règle dans leur cahier, avec leurs mots à eux, pour s'en souvenir une fois rentrés chez eux.
- Un appui long fait apparaître un menu, rien de plus
- On peut toujours sortir en touchant une zone vide
Ce qu'Huguette a emporté en repartant
À midi, la tablette d'Huguette était sortie de son sac, posée sur la table, allumée. Elle avait réglé la taille des caractères à son goût, retrouvé les photos de sa famille et appris à se connecter au Wi-Fi de la salle en choisissant le bon réseau dans la liste. Elle repartait avec une fiche en gros caractères qui résumait les gestes du jour, et avec la certitude qu'elle pouvait appeler quelqu'un si elle se perdait.
Je ne vais pas prétendre qu'elle est devenue experte en une matinée. Elle a encore hésité devant certaines options, et c'est normal. Mais elle a quitté la salle en portant sa tablette à la main plutôt que dans un sac, et c'est ce détail que Martine a remarqué avant tout le reste. Elle est revenue, quelques semaines plus tard, pour une seconde séance sur les notifications.
Ce que ce récit dit de nos ateliers
Quand je prépare des séances avec des communes ou des espaces publics numériques, on me demande souvent ce qui fait la différence entre un atelier et un cours. La réponse tient dans ce que j'ai vu ce matin-là: un petit nombre de personnes, leur propre appareil, un rythme qui suit le plus lent, et le droit de se tromper sans que personne ne s'en soucie. Rien de spectaculaire, mais tout se joue là.
Si vous hésitez, venez avec votre appareil tel qu'il est, même éteint, même encore dans sa boîte. Nous commencerons par ce que vous voulez bien faire, à votre allure. Huguette est partie avec des gestes appris et avec moins de crainte. C'est ce que nous espérons pour chaque personne qui s'assoit à cette table, à Waterloo.
- Venez avec votre appareil, même éteint
- Dites au début ce qui vous inquiète le plus
Le récit d'Huguette n'a rien d'exceptionnel, et c'est pour cela que je le raconte. Beaucoup de personnes arrivent chez nous avec la même peur discrète et repartent avec quelques gestes sûrs. Un atelier de six personnes à Waterloo ne promet pas de tout maîtriser en une matinée, il offre un endroit calme pour essayer. Si cela vous ressemble, vous savez où nous trouver, et la table vous attend.